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De Palma théoricien
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didier



Inscrit le: 22 Avr 2005
Messages: 1

MessagePosté le: Mar Avr 26, 2005 12:19 pm    Sujet du message: De Palma théoricien Répondre en citant

Bonjour à tous,

ce texte est une reprise-résumé d'une partie de la thèse que j'ai consacré à la question du montage chez Brian De Palma.
L'objectif essentiel qui m'a guidé est le suivant: démontrer que si un film de Brian De Palma peut procurer un plaisir immédiat qui l'apparente ainsi au meilleur du cinéma populaire, il est aussi un vaste champ d'expérimentation figurative qui entraîne une réflexion sur les mécanismes du cinéma eux-mêmes.
Il est désormais de mise de considérer De Palma comme un auteur (cela n'a pas toujours été le cas) dont les films sont soumis à une construction rigoureuse. En dépit de cela, il existe très peu d'études qui prennent à bras le corps cette approche poétique du cinéma. La méthode que j'ai utilisé a donc été de m'en tenir essentiellement aux images, de faire confiance à l'économie interne du film afin d'en extraire la théorie qu'il élabore.
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Hughes
2,35:1


Inscrit le: 05 Oct 2004
Messages: 360

MessagePosté le: Mar Avr 26, 2005 6:25 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Toute la construction théorique et figurative des images se condense et s'auto-détruit en se recomposant au cours de la dernière image de Femme Fatale lorsque le cinéaste filme le montage de photos de Nicolas Bardo. Car selon moi, chez Brian De Palma la construction n'existe que si elle est nourrie d'une déconstruction des images et des références. Cette transgression de l'icône et de l'image revient à ce que tu articules dans toute ton étude : la scission. La scission par l'image (le split-screen comme multiplicité des points de vue et descendance sémiologique de laquelle nait une nouvelle scission qui engendrera la descendance de l'image nourricière), celle par le personnage (Danielle et sa soeur), celle par la pensée (dédoublement trompeur et non-trompeur). la séparation de l'image tout comme celle des motifs est au coeur de la pensée De Palméenne dans la mesure où celle-ci s'articule sur la non-apparence plus que celle l'apparition trompeuse de l'apparence subliminée.

Dans Sisters, le plaisir immédiat que tu évoques se traduit par cette expérimentation orgasmique de la fulgurance elliptique de la rupture de ton par une cassure de l'image, de la parole, de la vue, du personnage. Il y a un décadrage de l'image par le plan et la violence figurée. Le plaisir immédiat dans Sisters passe par la rupture / scission puis se prolonge comme une étreinte qui s'achève, la récupération de la respiration, comme une fatigue.

La jouissance orgasmique cinématographique chez De Palma se traduit de deux manières distinctes dans Dressed to Kill :
- la scène du musée, telle une étreinte, transcnedée par la musique et le montage des plans, en travellings légers, en alternant objectivité et subjectivité, il y a toute une montée de l'excitation visuelle et sonore. Le cinéaste filme le champ et le contre-champ en prenant soin de fusionner l'étreinte sexuelle imagée (image et projection mentale) et les corps à distance, dont l'union passe par l'excitation procurée par les images furtives, la décomposition de l'image de l'homme dans son intégralité : le cinéaste filme des bribes de l'amant de Angie Dickinson, ne cerne pas son corps, ou seulement un regard, une main sur l'épaule, une apparition furtive qui procure excitation et plair de la chasse amoureuse. L'extase passe par l'excitation que procurent les images non décryptées, la fluidité des mouvements d'appareil renforce cette pénétration dans l'intimité mentale. L'orgasme visuel et mental passe par l'image manquante et notamment celle de l'acte corporel filmé en tant que tel. De Palma refuse de montrer, de concrétiser cette excitation, il préfère l'imagination par l'image inachevée ou manquante que la frustration par l'image qui montre. Par conséquent, le montage des plans offre un manque corporel et charnel concret mais redéfinit la part de l'imaginaire qu'entraînent les images mentales montées selon une progression sexuelle en crescnedo qui débouche sur une triple orgasme : visuel, sonore et mental. La jouissance est immédiate et prolongée.

- Le meurtre d'Angie Dickinson dans l'ascenseur renvoie à celui de l'amant d'une nuit de Margot Kidder dans Sisters : dans les deux cas il y a rupture de ton violent, destabilisant, marquant. La violence remplace un suspense qui serait avéré gratuit et aurait détruit l'immédiateté. De Palma prolonge par la suite la souffrance, l'agonie de la victime et projette un lien entre elle et celle qui va être chargé de découvrir la vérité et le coupable. Il y a un transfert de la mission. Le montage théorique est traduit par une fluidité du mouvement d'appreil et un champ contre-champ qui épouse la subjectivité en refusant l'objectivité par un plan extérieur ; c'est ce que j'appelle une introspection du lien ; la caméra prend corps et surtout regard des deux personnages sous forme de dialogue purement visuel.

Le cinéma de Brian De Palma est une jouissance cinématographique et théorique parce qu'il refuse la démonstration par le dialogue et privilégie la fulgurance par les images - regards - liens.

Hughes.
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Ishmael Chambers
Spoutnik


Inscrit le: 04 Oct 2004
Messages: 857
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MessagePosté le: Jeu Avr 28, 2005 5:28 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Pour rebondir sur cette belle expression de "Nostalgie de la continuité perdue" que tu cites de Bataille, je trouve que Mission:Impossible y correspond magnifiquement. De Palma s'amuse à faire du fantôme d'une série extrèmement linéaire une incarnation d'un passé qui vole en éclat, et que le héros veut reconstruire à tout prix. Je crois qu'une essence du cinéma de De Palma, c'est cette figure du "boucler la boucle" qu'il travaile à chaque fois de manière très différente. Pour "Blow out" "Snake Eyes" et "Mission To Mars" cette figure n'a évidemment pas la même signification: pessimiste, ironique où positive... Mais la forme de son cinéma est là. Ses films débutent très souvent en plan séquence par cette idée de continuité qui sera perdu tout le long du métrage, mais qui reprendra forme d'une certaine manière, se recomposant pour montrer de la réalité un nouvel aspect. Ce qui est la primeure de tout artiste thorisant son art.
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Carlito



Inscrit le: 29 Avr 2005
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MessagePosté le: Ven Avr 29, 2005 5:12 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Félicitations pour ta thèse sur le "travail du lien" Didier. Wink
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Ishmael Chambers
Spoutnik


Inscrit le: 04 Oct 2004
Messages: 857
Localisation: Rennes

MessagePosté le: Ven Avr 29, 2005 5:32 pm    Sujet du message: Répondre en citant

ah, un deplamien de plus sur le forum! welcome Carlito Wink
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Invité






MessagePosté le: Ven Avr 29, 2005 6:02 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Ishmael Chambers a écrit:
ah, un deplamien de plus sur le forum!

Et comment! Cool
Ishmael Chambers a écrit:
welcome Carlito Wink

Merci Ben Castellano. Wink
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Carlito



Inscrit le: 29 Avr 2005
Messages: 2

MessagePosté le: Ven Avr 29, 2005 6:03 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Oups, je ne me suis pas connecté automatiquement. Confused
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michael knight
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MessagePosté le: Ven Avr 29, 2005 9:27 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Superbe travail Didier Wink
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Le Transhumain



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MessagePosté le: Lun Mai 02, 2005 11:08 am    Sujet du message: Répondre en citant

Cher Didier, je tenais vraiment à vous féliciter. Votre article sur Murder a la mod dans la revue "Simulacres" était déjà admirable - l'un des tout meilleurs -, celui-ci l'est tout autant. Je suis stupéfait de lire sous votre plume à propos de De Palma ce que j'essaie moi-même, péniblement, d'écrire sur Ténèbres de Dario Argento. Je veux parler, entre autres, de cette imbrication des réalités diégétiques et filmiques, dont Le Voyeur et Fenêtre sur cour sont les matrices incontournables. Le cinématographe, selon Argento et De Palma, est un acte d'amour et de mort, agi par des pulsions érotiques et thanatiques - ce dont témoignent montage, cadrages, etc. -, qui les restitue cependant, sublimées, sous une forme pleinement cathartique. D'où, en effet, ces films à la fois "populaires" et "rigoureux", pour reprendre les termes que vous employez : le plaisir du spectateur est induit par un minutieux travail formel (ces "plans-cicatrices" dans Sisters par exemple) que vous révélez avec rigueur, et talent.
Cordialement.
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jon rubin



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Messages: 1

MessagePosté le: Sam Juin 04, 2005 1:51 am    Sujet du message: Répondre en citant

Lire à propos du cinema comme art morbide les entretiens d'Orson Welles avec Peter bogdanovich ainsi que les propos du livre de Tavernier"50 ans de cinema américain"(où d'ailleurs De Palma n'est pas épargné)sur la question de l'inachevement chez Welles.
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