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manuma 1,85:1
Inscrit le: 04 Oct 2004 Messages: 166
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Posté le: Mer Nov 10, 2004 10:12 pm Sujet du message: John Frankenheimer |
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Le dossier Frankenheimer
Salut tout le monde,
Le voici, le voilà, le premier forum de discussion entièrement consacré à John Frankenheimer (du moins le premier sur cinétudes).
Je vous invite donc à livrer ici vos impressions sur l??uvre inégale mais passionnante de ce cinéaste au caractère bien trempé.
Qu?aimez vous chez lui (si vous aimez quelque chose), quels films en particulier vous ont séduit, quels autres vous ont déçu, et, bien évidemment, pourquoi ?
Pensez-vous, comme la majorité de la critique, qu?après des débuts prometteurs dans les années 60, il se soit ensuite dispersé avant d?abandonner toute ambition vers de la fin des années 70.
A vous la parole ? |
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Hughes 2,35:1

Inscrit le: 05 Oct 2004 Messages: 360
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Posté le: Jeu Nov 11, 2004 9:18 am Sujet du message: |
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Bonjour Manuma,
Effectivement, l'oeuvre de John Frankenheimer m'apparaît comme très inégale, mais pas totalment dénuée d'intérêt dans ses moments les moins productifs sur le plan qualitatif. Je pense notamment à un excellent film carcéral, aux antipodes de "Le Prisonnier d'Alcatraz", "La Révolte d'Alcatraz" que j'ai eu la chance de découvrir il y a sept ou huit ans en VHS. Si mes souvenirs sont exacts, le film contait une mutinerie dans une prison délabrée, aux violences quotidiennes. Il y a avait une grande violence et un profond réalisme du cinéaste dans la description de cette révolte contre l'ordre carcéral établi. La mise en scène, comme souvent chez Frankenheimer, optait pour un certain détachement par rapport au sujet qui donnait au film au ton assez objectif.
Ces deux aspects dessinent le cinéma de John Frankenheimer : une volonté évidente de réalisme dans la description (notamment du quotidien) et un détachement objectif dans la présentation des faits. Ce qui me semble évident, est le fait que les ambitions de Frankenheimer n'ont pas totalement disparues, même dans ces films d'action de série B : le cinéaste dénonce, critique, apporte rarement des solutions, préférant présenter les deux parties. Le cas du "Prisonnier d'Alcatraz" est assez différent, dans la mesure où les producteurs et le cinéaste ont adouci l'image de Robert Stroud.
Je ne reviendrai pas sur "Un Crime dans la Tête", très grand film de politique fiction, ancré dans son époque. La variation autour de ce thème de Jonathan Demme (actuellement sur nos écrans) est également un film très réussie, différente, mais qui est tout aussi ancrée dans son époque.
Un mot sur "French Connection 2" : extravagant polar tourné à Marseille qui se concentre sur la description de Popeye, obsédé jusquà la folie, présentation minutieuse d'un homme prêt à tout pour vaincre son obsession. Le film se rapproche, par le portrait qu'il fait de Popeye, du comportement du flic auquel il fait référence (Eddy Egan, un homme obsédé par son travail) tout en accentuant et inventant certains actes. Le film de Friedkin avait joué sur des thématiques très friedkieniennes (le Bien et le Mal, sa confrontation et sa superposition). Frankenheimer explore plus encore ce thème, mais traîte avant tout de l'obsession vers une volonté de réussite qui passe par la violence et la mort et confine à la folie.
Hughes. _________________ "Comprendre, c'est aimer" (Delmer Daves) |
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manuma 1,85:1
Inscrit le: 04 Oct 2004 Messages: 166
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Posté le: Jeu Nov 11, 2004 12:22 pm Sujet du message: |
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Salut Hughes,
Le film que tu cites, La révolte d?Attica (Against the walls), me semble aussi une ?uvre importante dans sa filmographie. Il s?agit d?une production de la chaîne câblée américaine HBO s?inspirant de la mutinerie de la prison new-yorkaise d?Attica en 1971 et que John Frankenheimer réalisa alors qu?il se trouvait professionnellement dans la période la plus difficile de son existence (avant de finalement accepter ce projet, il s?apprêtait à tourner un film de mercenaires avec Dolph Lundgren !).
Le souci de réalisme et la volonté d?objectivité dont tu parles sont aussi à mon avis deux valeurs clefs omniprésentes dans son ?uvre. Celles-ci apparaissent de façon plus évidente encore lorsqu?il aborde des sujets particulièrement sensibles comme le terrorisme international et le conflit israélo-palestinien, au travers de son faux film catastrophe Black Sunday (le film fut par ailleurs critiqué par les deux communautés, signe en quelque sorte de son objectivité).
Le portrait nuancé qu?il nous livre du gouverneur populiste George Wallace, aux idées politiques pourtant radicalement opposées aux siennes, dans le film éponyme, portrait évitant toute condamnation comme toute glorification dans son ultime retournement idéologique, me parait être un autre exemple frappant de cette recherche d?objectivité par-dessus tout. Dans ses travaux les plus ambitieux, John Frankenheimer s?interroge, nous interpelle mais se garde bien de répondre aux questions qu?il soulève (ce qui, je l'admet, peut également apparaître comme une faiblesse aux yeux de certains). A nous de nous faire une opinion ? |
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Hughes 2,35:1

Inscrit le: 05 Oct 2004 Messages: 360
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Posté le: Ven Nov 12, 2004 9:10 am Sujet du message: |
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Bonjour Manuma,
Il s'agit bien de "La Révolte d'Attica" et non de "La Révolte d'Alcatraz", dont j'ai confondu le titre.
L'inconvénient, lorsque nous jetons un oeil rapide sur l'oeuvre de Frankenheimer, c'est effectivement cette supposée inégalité. Il est évident que nous ne pouvons nier des passages à vide : "Prophecy", "L'Ile du Docteur Moreau" sont de très mauvais films. Mais, une question se pose à son sujet : est-il un auteur (au sens "Nouvelle Vague" du terme) ou bien n'est-il qu'un film-maker ?
Afin d'appréhender son oeuvre, il est, je pense, important de répondre à cette question, sans doute est-il encore plus nécessaire de définir le terme "auteur" et le terme "film-maker".
Car, même ses films les moins bons (personnels inclus), les commandes les plus extravagantes, contiennent une touche personnelle, que ce soit dans la forme (l'utilisation de longs plans très fluides comme dans "La Révolte d'Attica") ou dans le fond (sujets sociaux, thématiques personnelles). Même dans une oeuvre aussi médiocre que "L'Ile du Docteur Moreau", nous pouvons y retrouver des mots, des sens, chers au cinéaste (le rapport de l'homme à son environnement que l'on retrouve dans la plupart de ses films de "Un Crime dans la Tête" à "L'Ange de la Violence" jusquà "Ronin"). Avec toujours ce questionnement qui nous pousse à nous interroger sur notre propre nature.
Frankenheimer, fait partie de ces cinéastes issus de la télévision, tout comme Sydney Lumet (qui fait une apparition dans le film de Jonathan Demme), qui ont filmés des documentaires, des émissions en direct et qui ont été amenés à observer, à interroger les personnes qui participaient à ces documentaires ou séries. Lumet et Frankenheimer, ont tous les deux poursuivis une carrière au cinéma en proposant des films qui s'intéressent aux institutions de la justice et de la politique pour le premier tout en dénoncant violemment les dérives et demande au public, également, de s'interroger sur la peine de mort, la fragilité de l'opinion conditionnée par des facteurs personnels et le poids d'une décision dans "12 Hommes en Colère", et le deuxième travaillant au sein des genres américains (le thriller, le western, le film d'aventures, le fantastique) et traitant des faits sociaux dans la société américaine.
Aussi, le cas Frankenheimer, est intéressant, mais il doit absolument être replacé dans le contexte de l'évolution de sa carrière et du cinéma, des années 60 aux années 2000. Il faut également noter, qu'il n'est pas le seul cinéaste qui a commencé dans les années 50-60, à avoir eu un passage à vide dans les années 80 jusqu'au début des années 90. Sydney Lumet a également des passages à vide (moins prononcés, certes). Enfin, de l'importance et de la nécessité de donner une définition au statut de Frankenheimer : un auteur ou un film-maker, afin d'appréhender toute son oeuvre.
Hughes. _________________ "Comprendre, c'est aimer" (Delmer Daves) |
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Ishmael Chambers Spoutnik

Inscrit le: 04 Oct 2004 Messages: 857 Localisation: Rennes
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Posté le: Sam Nov 13, 2004 4:00 pm Sujet du message: |
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J'ai recemment revu French Connection 2 et j'ai encore plus apprécié ce film vraiment étrange, et j'en viens presque à le mettre sur un pied d'égalité avec le premier opus, mais c'est surtout parce que les deux films sont extrèmements différents et se complètent à merveille. Le film offre un développement passionnant pour Hackman du personnage de Popeye Doyle. Je rejoins totalement ce que dit Hugues sur ce film... On ne ferait plus une telle oeuvre aujourd'hui, avec toute cette longue plongée dans la drogue, le rythme décalé et la sécheresse extrème de l'action. La poursuite à pied à la fin du film est tout simplement géniale. Concernant ce film, les commentaires audio du DVD sont assez instructif. Celui de Frankenheimer donne tout de même le sentiment de quelqu'un qui au fond de lui s'exprime plus comme un artisan.
Le début de dossier me donne vraiment envie d'explorer plus l'oeuvre de ce réalisateur que je connais mal, bien que je n'aime pas du tout ses derniers films et que j'ai trouvé "Grand Prix" et "Le Train" vraiment peu intéressants. En tout cas tout ce que j'ai pu lire sur sa vie est vraiment passionnant...
Sinon je ne sais pas si vous connaissez cette histoire qui veuille que Michael Bay soit peut-être le fils "biologique" non reconnu de Frankenheimer. _________________ http://www.cinetudes.com/
http://culturopoing.com/
http://scotthicks.over-blog.com/
http://soundsofthefoehn.blogspot.com/ |
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manuma 1,85:1
Inscrit le: 04 Oct 2004 Messages: 166
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Posté le: Sam Nov 13, 2004 10:47 pm Sujet du message: |
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Alors auteur ou filmmaker !
C?est également à mon avis une question qui forcement traverse très rapidement l?esprit de toute personne se penchant à peu près sérieusement sur son ?uvre. Une interrogation particulièrement épineuse à laquelle je me garderai bien d?apporter une réponse catégorique.
A la question « Qu?est ce qu?un auteur pour vous ? », Cedric Klapish expliquait il y a quelques temps dans une émission que, pour lui - et je partage assez sa vision de la chose - un réalisateur est un auteur dès lors que son ?uvre permets de nous éclairer sur personnalité, à partir de l?instant où son parcours personnel se retrouve dans son travail à l?écran (je ne cite pas avec exactitude ses propos ? loin de là même - mais c?était quelque chose de cet ordre là). Si tel est le cas, alors oui, Frankenheimer peut être considéré comme un auteur.
Ainsi, comme tu le soulignes, on retrouve son univers visuel, ses influences et ses obsessions même dans des films à priori aussi commerciaux et impersonnels que L?ile du Dr Moreau ? ce dernier constituant pour moi un troublant résumé du capharnaüm que constitue sa carrière - ou Ronin. De la même façon, la noirceur passive de la plupart de ses travaux des années 70 ne peut être dissocié de ses problèmes personnels, de son état dépressif, de sa dépendance à l?alcool et de son amertume généré par l?abandon de ses idéaux politiques des années 60.
Cependant les contre exemples à ce début de réponse sont nombreux : The extraordinary seaman, Refroidi à 99 %, Prophecy. Soit autant de films dans lesquels on a énormément de mal à trouver une cohérence, même stylistique, avec le reste de son ?uvre.
Qui plus est, venant brouiller un peu plus les cartes, des ?uvres à première vue plus personnelles, plus ambitieuses tels que L?ange de la violence ou The iceman cometh s?avèrent au final moins significatives, moins pertinentes que, par exemple, Paiement cash ou Dead Bang, films généralement présentés comme de banals polars de série B.
Sa position au sein de la nouvelle vague américaine (celle des Penn, Coppola et Friedkin) me semble assez éloquente à ce sujet. Son univers visuel, sa recherche d?ultra-réalisme et certains des comédiens qui va employer dans les années 60(Warren Beatty, Faye Dunaway) laisse en effet à penser qu?il est, au même titre que Sydney lumet ou Robert Altman, l?un des précurseurs de ce mouvement. Pourtant, au plus fort de cette vague, entre 1968 et 1975, et bien qu?abordant des thèmes phares de celle-ci dans des ?uvres comme Les Parachutistes arrivent ou Le Pays de la Violence, son style devient alors volontairement classique et il va essentiellement travailler avec des acteurs du « vieil » Hollywood (Burt Lancaster, Deborah Kerr, Gregory Peck, Lee Marvin, Robert Ryan). Enfin, lorsque le cinéma spectacle reviendra en force au milieu des années 70, il en profitera pour signer ses deux films peut être les plus ancrés dans l?esprit et les préoccupations de cette nouvelle vague : French Connection 2 et Black Sunday, films mettant en vedette deux icônes de cette génération, Gene Hackman et Bruce Dern.
L?extrême difficulté que l?on a à cataloguer son travail explique sans doute un peu pourquoi les historiens du cinéma et la critique ont tendance à délaisser ce cinéaste. L??uvre du bonhomme déconcerte, agace même, voire décourage. |
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manuma 1,85:1
Inscrit le: 04 Oct 2004 Messages: 166
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Posté le: Dim Nov 14, 2004 11:48 am Sujet du message: |
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Michael Bay rejeton inavoué de John Frankenheimer, j?ai également entendu parler de cela sans, dans le cadre de mes modestes recherches, n?avoir jamais trouver de propos venant corroborer ou infirmer ce supposé lien de parenté.
En tous les cas, si cela est exact, le moins que l?on puisse dire est que cette filiation n?est guère apparente dans leur travail. Hormis à travers une volonté commune de toujours raconter son histoire le plus efficacement possible, on peut difficilement trouver façon plus opposée de concevoir le cinéma de genre hollywoodien. John Frankenheimer a toujours prôné un cinéma responsable dans lequel l?image se veut constamment porteuse de sens. Michael Bay peut se targuer d?avoir atteint des sommets jusqu?alors inexplorés dans l?art de la gratuité au cinéma (son Bad Boys 2 en devient même une expérience fascinante ? impossible de réfléchir à sa vision, on est comme sous hypnose, cherchant désespérément un plan fixe, une minute d?accalmie à laquelle se raccrocher et on en ressort lessivé, incapable de résumer ce que l?on vient de voir à l?écran). Michael Bay est l?incarnation vivante de ce cinéma de l?esbroufe que John Frankenheimer n?aura eu de cesse de dénoncer à partir de la fin des années 80 et jusqu?à sa disparition.
Ceci étant dit, si ce n?est pas une légende, l?anecdote n?en est que plus amusante. |
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Hughes 2,35:1

Inscrit le: 05 Oct 2004 Messages: 360
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Posté le: Mar Nov 23, 2004 7:47 pm Sujet du message: |
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Anecdote amusante, mais il faut bien l'avouer : il n'y a pas qu'un fossé entre le médiocre Michael Bay et le très intéressant John Frankenheimer. En lisant ce que tu as écris Manuma, je me rends compte à quel point il est difficile de classer ce cinéaste.
En apparence, ses films s'apparentent à être ceux d'un filmaker, car curieusement, selon moi, sa personnalité ne transparaît pas imméditament dans la forme, mais plutôt dans le fond (la récurrence de thèmes que nous avons déjà cités). Pourtant, son utilisation systématique de mouvements amples et fluides traduisent cette mise à distance qui semble lui tenir à coeur. Cependant, je pense que le fond est finalement plus important chez Frankenheimer que la forme. Par exemple, tout comme Ishmael, le dernier film de Frankenheimer que j'ai revu est "French Connection 2". Le travail de la caméra est finalement très proche de cet aspect vériste-documentaire à la mode au début des années 70 : caméra à l'épaule, montage saccadé, ellipses. Frankenheimer n'imprime pas le film d'un style visuel reconnaissable, peut-être parce qu'il a conscience qu'il tourne une suite d'un succés relatif au box office. Craignant sans doute l'échec, le cinéaste ne révolutionne pas la franchise (mais en avait-il l'ambition ?)
Aussi, en extirpant son film d'une personnalisation visuelle, il préfère se concentrer sur un scénario pour le moins rocambolesque et dont le propos est radicalement différent de celui de Friedkin. Frankenheimer utilise très bien toute la topographie de Marseille, n'embellit jamais la ville (tout comme New York dans le premier) et filme les situations avec une force incroyable : il capte des instants forts (notamment lorsque Popeye est drogué puis sa cure de désintoxication et son délire) qu'il prolonge au maximum, en en soulignant toute l'ambiguïté, la folie, jusqu'à les pousser à un grotesque quasi-maniériste. Il s'écarte finalement de la poursuite policière de Fernando Rey (au contraire du premier entièrement fondé sur la poursuite, thème cher à Friedkin) pour se concentrer sur les séquences hors-sujet. D'où cette impression viscérale de grotesque qui induit à ces moments une violence inouïe. Selon Friedkin, le Bien et le Mal ne font qu'un, la frontière entre ces deux valeurs est inexistante. Chez Frankenheimer, la folie guette chacun (notamment Popeye), rejette ces valeurs du Bien et du Mal pour tendre vers une déconstruction mentale de ses personnages, au contraire de chez Friedkin, où ils se forgent dans ces valeurs.
C'est un film délirant. Je ne sais pas s'il est plus réussi que celui de Friedkin, mais à la rigueur, c'est une question dont nous devons faire abstraction. Il y a le premier, film sur la poursuite, sur le Bien, le Mal, au style documentaire mais classique dans l'esprit des seventies, et le deuxième, film sur la folie intime, l'abstraction. Deux films totalement différents, tout comme purent l'être "L'Exorciste" et "L'Hérétique", le film de Boorman étant sans doute bien plus intéressant (et je l'avoue plus réussi, ne faisant pas abstraction de cette hiérarchie qualitative) que celui de Friedkin. Le propos entre les deux étant une nouvelle fois radicalement différent.
En filmant "Ronin", Frankenheimer affirme son style visuel (mouvements amples et fluides), mais standardise son film en raison d'un scénario trop rempli de clichés qui ne prend aucun risque. Il ne transcende pas, comme il a pu le faire dans "French Connection 2".
Un message plus tard, nous en sommes toujours au même point : je ne sais si Frankenheimer est un auteur ou un filmaker.
Hughes. _________________ "Comprendre, c'est aimer" (Delmer Daves) |
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manuma 1,85:1
Inscrit le: 04 Oct 2004 Messages: 166
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Posté le: Jeu Nov 25, 2004 2:07 am Sujet du message: |
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Salut Hughes (au fait, je te devine impatient de découvrir le prochain Scorsese, toi),
Ton message soulève bien des points de discussion. L??uvre de Frankenheimer a-t-elle une identité visuelle propre ? Je serai tenté de répondre oui (mais suis-je bien objectif ?). On ne peut évidemment pas parler d?un style unique, d?une extraordinaire originalité, à son sujet. Mais, à mon sens, il a incontestablement une patte derrière laquelle se dessinent certaines interrogations formelles par ailleurs assez typique des cinéastes de sa génération, issus de la télé (les Sydney Lumet, Robert Altman, Franklin J. Schaffner).
Son recours régulier au plan séquence, la richesse de composition de ses plans, l?utilisation d?objectifs de caméra à angle très large sont autant de parti pris stylistiques marquant d?un bout à l?autre son ?uvre et qui témoignent en effet d?une volonté constante d?objectivité ? grâce à ces procédés, le spectateur est censé avoir accès à un maximum d?actions, de détails, dans le cadre et il doit pouvoir par conséquent mieux juger de la situation qu?on lui donne à voir. Une approche visuelle qui, dans ses thrillers politiques, lui permet notamment d?instaurer un climat de sourde paranoïa, tout en lui évitant, dans ses ?uvres plus intimistes, de sombrer dans le ton mélodramatique.
Notons également qu?à l?époque de Grand Prix et Seconds (ses deux films les plus créatifs visuellement, avec The Manchurian candidate), le cinéaste fut accusé par une partie de la critique de privilégier la forme au détriment du sens (ce qui n?est peut-être pas faux dans le cas de Grand Prix). Est-ce pour cette raison, mais à partir de là ses films vont devenir beaucoup plus sobres dans leur forme (ou peut-être est-ce aussi que toutes ces techniques employées par les réalisateurs formés à la télé dans les années 50 sont progressivement devenues la norme à Hollywood, telles les prises de vue caméra à l?épaule).
Le cas de French Connection 2 est un peu à part dans cette réflexion puisque Frankenheimer a souhaité respecter le style visuel pseudo-documentaire du film de Friedkin (du moins c?est ce qu?il dit dans le commentaire du DVD de son film). Sa griffe est donc volontairement mise en retrait ici (il se permet néanmoins comme tu le souligne quelques beaux mouvements de caméra ici et là) et c?est en effet sur le fond, dans son portrait d?un esprit enfermé dans une quête obsessionnelle, que le film acquiert sa véritable personnalité. Celui-ci me parait d?ailleurs être son ?uvre la plus aboutie sur la période 70. Frankenheimer va jusqu?au bout de sa réflexion, n?offrant notamment aucune rédemption à son personnage dans un final sec, sans commentaire, qu?on prend comme une claque.
Enfin, le terme « grotesque », que tu emplois à l?occasion de ce film, est étrangement un qualificatif que j?ai souvent en tête lorsque je me penche sur l??uvre de Frankenheimer. De The Manchurian candidate à l?Ile du Dr Moreau en passant par Le train, il me semble en effet tenir une place privilégiée dans pas mal de travaux du cinéaste, allant à l?évidence de pair avec cette folie douce dont semblent atteint bon nombre de personnages de ses films. |
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Hughes 2,35:1

Inscrit le: 05 Oct 2004 Messages: 360
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Posté le: Jeu Nov 25, 2004 12:41 pm Sujet du message: |
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Bonjour Manuma,
Au risque de me faire conspuer (déjà par Stefan qui est un grand fan), je n'aime pas beaucoup le cinéma de Scorsese , hormis deux films qui sont, selon moi, ses chefs d'oeuvre : "La Dernière Tentation du Christ" et "Les Nerfs à Vif". Le reste ne me passionne guère, mis à part "Alice n'est plus ici". En revanche, j'estime qu'il est un cinéaste essentiel dans le panorama américain. Quant à "The Aviator", ce qui me fait mal au coeur, c'est qu'au départ, c'était un projet de De Palma écrit par David Koepp, que le cinéaste n'a jamais pu tourner faute de budget, mais qui était pourtant un rêve cher à ses yeux et surtout le rôle de Di Caprio dans celui de Hughes, qui me fait aussi craindre le pire que de voir les producteurs engager Paul Walker dans "Le Dahlia Noir" que De palma devrait normalement tourner (et reporté depuis 3 ans).
"L'Ile du Docteur Moreau" est un film incroyable. Comme tu le soulignes Manuma, l'application de grotesque convient parfaitement à ce film, notamment à Marlon Brando. Son interprétation est outrée, exagrérée, démantielle. Un cabotinage éhonté qui par moment est jouissif, ou repoussant. En accord avec toi au sujet de "French Connection 2", le terme "grotesque" est qualitatif. C'est une grosse claque. Notamment la fin, comme celle du premier, elliptique, brutale, violente.
J'ai écris que "Dr. Moreau" était un mauvais film. Je dois bien avouer qu'au départ, cet aspect grotesque (dans le mauvais sens du terme) m'avait fasciné. Puis en le revoyant, je n'ai plus accroché. C'est un film incroyable. Est-ce un film malade ?
Hughes. _________________ "Comprendre, c'est aimer" (Delmer Daves) |
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